Pourquoi un « Sommet climat » deux ans après la COP21 ?

Pourquoi un « Sommet climat » deux ans après la COP21 ?

Certains ont pu s’interroger, craignant un «  coup » politique et médiatique de la France.Outre le contexte de l’invitation au Sommet, qui suivait, rappelons-le, l’annonce accablante du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, contre laquelle la France se devait d’apporter une réponse massive, on voit bien que la situation climatique s’aggrave et que le temps diplomatique «  classique », traduisant les modalités forcément lentes de la mise en place juridique de l’Accord, sont insuffisantes pour répondre à l’accélération du réchauffement et à la hausse des émissions de GES. Les chefs d’État viennent peu dans les COPS, et aujourd’hui le danger mondial est tel que ce sont eux qui doivent se mobiliser. La COP 23 a bien montré qu’un nouveau souffle politique était nécessaire.

En effet, les annonces alarmantes pleuvent : l’Organisation Mondiale de la Météorologie (OMM) a souligné que la concentration de CO2 (dioxyde de carbone) dans l’atmosphère continue d’augmenter, qu’elle est comparable à celle qui régnait sur Terre il y a 3 à 5 millions d’années, lorsque la température était de 2 à 3°C plus élevée. L’ONU Environnement a de son coté insisté sur le fait que, faute d’accélérer les actions à court terme et de renforcer l’ambition à long terme en 2020, « la dernière occasion de trouver la bonne trajectoire pour 2030 sera perdue ». Le Global Carbon Project a montré que, après trois années stables, les émissions liées à l’industrie et à la combustion d’énergies fossiles devraient croître de 2% (entre 0,8 et 2,9%) cette année par rapport à 2016 et atteindre un niveau record. Enfin, un appel de 15364 scientifiques a pointé la dernière chance qu’il reste à l’humanité, mais a aussi rappelé que « grâce à un raz-de-marée d’initiatives organisées à la base, il est possible de vaincre n’importe quelle opposition, aussi acharnée soit-elle, et d’obliger les dirigeants politiques à agir ».

C’est donc de volonté politique et d’action qu’il s’agit.

L’agenda de l’action avait déjà été considéré par la présidence française de la COP 21 comme un complément indispensable de l’activité diplomatique. De nombreux acteurs avaient alors pris ensemble ou individuellement des engagements à agir concrètement pour modifier leur activités ou promouvoir d’autres pratiques : certaines entreprises s’étaient ainsi engagées à s’approvisionner uniquement en renouvelables, des fonds de pensions et des banques avaient promis de sortir graduellement du charbon. Des dizaines de grandes villes et des régions du monde entier avaient décidé de s’engager sur un chemin 2 degrés.

Deux ans plus tard, le moment est venu de voir ce qu’il est advenu de ces engagements. Et la bonne nouvelle est que les entreprises, les collectivités locales, les banques ont non seulement honoré leur parole mais sont prêtes à aller plus loin.

Il est donc temps de faire un pas de plus sans attendre 2020, et d’engager des acteurs moins médiatiques mais absolument incontournables comme ceux de la finance. C’est d’ailleurs dans ce trio d’acteurs que réside la clé du succès : les entreprises sont confortées par les engagements des gouvernements et par le soutien de la finance ; de la même façon, les investisseurs peuvent et vont s’engager à accompagner et pousser graduellement les plus grands pollueurs à se placer sur un scénario 2 degrés.

Ce sommet est donc l’occasion de consolider la confiance, afin de pouvoir envisager l’échéance cruciale de 2020 dans l’action concrète, car l’heure n’est plus aux interrogations, aux atermoiements et aux commentaires.

Il démontre d’abord la volonté politique des gouvernements : de nombreux chefs d’État seront présents pour assurer que le sujet climat est traité au plus haut niveau.

Ensuite, ce Sommet permettra deux avancées cruciales : préciser d’une part ce qui n’est pas explicite dans le Traité de Paris, à savoir le coup d’arrêt aux énergies fossiles, la neutralité carbone et une fiscalité mondiale destinée à donner un prix au carbone ; d’autre part, compléter à cette fin les annonces de la COP 23 grâce aux engagements multipliés des banques et des investisseurs. Ainsi, par le French Business Climate Pledge, près de cent entreprises françaises montrent aujourd’hui l’exemple en annonçant au moins 60 milliards d’euros d’investissements industriels et de recherche et développement dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, le déploiement d’autres technologies bas carbone, et de pratiques agricoles durables, et au moins 220 milliards d’euros de financements pour des projets contribuant à la lutte contre le changement climatique. Soixante entreprises signataires ont pris des engagements de réduction de leurs émissions ; parmi elles, 27 se sont dotées d’un prix interne du CO2.

Enfin, ce Sommet marque une nouvelle ère de la diplomatie climatique : celle de la primauté de la société civile. C’est sans doute là le plus important. À Bonn, certes, vingt pays ont annoncé la création d’une alliance pour sortir du charbon, mais si tous se sont déjà engagés à supprimer par étapes leurs centrales à charbon, avec des dates différentes, ils ne représentent qu’une très petite part de la consommation charbonnière mondiale, alors que la force de frappe des grands groupes mondiaux est beaucoup plus importante.

Le sens de la responsabilité est en train de modifier profondément les comportements des dirigeants, et, en France, la réforme proposée par le Président de la République (rappelons qu’il l’avait souhaitée dans la loi dite « Macron 2 »), qui vise à fonder un statut nouveau de l’entreprise où interviendraient les parties prenantes, est un signe de la nécessaire reconnaissance des biens communs.

Le duo que forment Nicolas Hulot, ambassadeur de l’écologie, et un jeune Président né la même année que le rapport fondateur de Madame Bruntland est le gage d’un grand pas en avant.

L’Equipe « TEEM »

 

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