Prix des carburants: une transition impérative

Prix des carburants: une transition impérative

Les protestations se multiplient contre l’augmentation de la taxe carbone et sa répercussion sur le prix des carburants. Elles portent principalement sur l’atteinte au pouvoir d’achat des automobilistes et demandent un « gel de la taxe carbone ».La transition écologique est un impératif absolu et doit être équitable. Impératif d’abord, car les catastrophes naturelles successives et les scientifiques nous rappellent l’effondrement qui se produira si nous ne réduisons pas nos émissions de gaz à effet de serre. Devoir d’équité ensuite, car si la transition écologique conduit à stigmatiser ou à appauvrir une partie de la population, elle sera rejetée et nourrira le populisme. Ce souci d’équité impose de poursuivre la hausse de la taxe carbone et non de la geler.

La transition écologique implique de changer nos comportements

« La folie, disait Albert Einstein, c’est de penser qu’en se comportant de la même manière, nous pouvons obtenir des résultats différents. » Geler la taxe carbone, c’est enfermer les Français dans l’illusion que la transition écologique est possible sans changement de comportements, et dans une dépendance néfaste à la fois pour l’économie et pour la santé.

Rappelons tout d’abord que 70% de la hausse du prix des carburants depuis un an est liée à la hausse du prix mondial du pétrole, totalement indépendante de l’action du gouvernement français : laisser croire qu’il est possible en France d’encadrer cette évolution est donc illusoire. Nos importations de pétrole et de gaz représentent un déficit commercial de plus de 40 milliards d’euros par an, soit 600 euros par Français qui partent vers la Russie et les pays du Golfe. Notre dépendance au diesel et à l’essence constitue en outre un problème majeur de santé publique. La pollution de l’air générée par les véhicules thermiques contribue aux 48.000 décès prématurés chaque année en France qui sont imputés à l’impact sanitaire des polluants de proximité. Les rapports se succèdent pour pointer le rôle des particules fines et autres polluants issus des gaz d’échappement, dans les maladies chroniques comme l’asthme ou différents cancers.

Rappelons ensuite que l’architecture de la fiscalité écologique n’a pas été créée par Emmanuel Macron mais a été dessinée sous la présidence de Nicolas Sarkozy et mise en place sous la présidence de François Hollande : elle devrait donc faire consensus, et démontre sa pertinence, puisque l’on constate un recul des consommations de carburant de 4% depuis un an.

L’augmentation de la taxe carbone est positive à long terme pour l’économie française et le pouvoir d’achat des Français, dès lors que les recettes sont utilisées pour abaisser d’autres taxations et que des mesures d’accompagnement sont prévues pour les ménages les plus fragiles.

La prime au covoiturage, le développement des mobilités douces, l’augmentation du chèque énergie pour les ménages les plus fragiles, l’aide à l’achat de voitures électriques et l’élargissement de la prime à la conversion d’un vieux véhicule ou d’une vieille chaudière fioul sont des mesures pertinentes. Elles ne touchent néanmoins pas tous les ménages. Complétons-les par des formations à l’écoconduite délivrées par les collectivités et financées par l’Etat. Profitons du contrôle technique automobile pour vérifier les réglages et éviter des surconsommations.

Les protestations en faveur d’un gel de la taxe carbone s’apparentent certes à un mécontentement, et il doit être entendu. Il traduit a minimaune incompréhension de la politique fiscale du gouvernement. Beaucoup d’évolutions ont eu lieu en peu de temps et la médiatisation du court terme brouille la vision de long terme. Un débat national, global et transparent sur la transformation de la fiscalité doit avoir lieu. L’enjeu n’est pas une augmentation de 3 centimes d’euros à la pompe, ni une opposition entre urbains et ruraux, c’est la capacité du Gouvernement à transformer notre système fiscal : augmenter la fiscalité écologique pour réduire celle sur le travail ; taxer les produits importés comme le pétrole et moins taxer des produits fabriqués sur notre territoire.

LES SIGNATAIRES

Jean-Luc Fugit, député de la 11e circonscription du Rhône; Marjolaine Meynier-Millefert, députée de la 10e circonscription de l’Isère; Célia de Lavergne, députée de la 3e circonscription de la Drôme; Jean-Charles Colas-Roy, député de la 2e circonscription de l’Isère ; et le Réseau TEEM (Transition Écologique En Marche !) qui rassemble des experts des questions environnementales et des citoyens engagés pour faire de la transition écologique une réalité. Bettina Laville, Julien Marchal, Sylvie Lemmet, Audrey Zermati, Frederic Mailhos, Florence Trebuchon, Damien Derelle, Marc Girondot, Simon Huffeteau, Cyril Gombert, Katia Lefeuvre, Marine Glon, Yvon Le Maho, Christophe Schramm, Christophe Heraud, Nicolas Obrist.

Publié dans La Tribune le 15/11/2018

 

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