Faire de la qualité de l’air une grande cause nationale, Jean-Luc Fugit

Faire de la qualité de l’air une grande cause nationale, Jean-Luc Fugit

12 000 à 15 000 litres ! C’est la quantité d’air que nous respirons chaque jour, et dont la qualité a un impact sur notre santé. La pollution de l’air, à l’extérieur comme à l’intérieur, est à l’origine de maladies comme l’asthme, les pathologies cardiovasculaires, les troubles du système reproducteur, et même certains cancers. Récemment, Santé Publique France a publié une étude qui évalue à 40 000 le nombre de décès prématurés par an en France liés à la pollution aux particules fines.

Contrairement à de nombreuses idées reçues, la qualité de l’air s’améliore globalement en France depuis 20 ans. Les émissions de certains polluants (particules fines, oxydes d’azote…) ont baissé significativement, et les dépassements des seuils réglementaires pour ces polluants sont moins nombreux. Pour amplifier ces diminutions, la loi d’orientation des mobilités, adoptée en 2019, impose la mise en place de Zones à Faibles Emissions mobilité (ZFE-m), une avancée majeure, renforcée dans la loi climat de 2021, qui permet de réduire la pollution due aux transports en ville en limitant la circulation des véhicules les plus polluants. Cette politique s’accompagne d’aides pour l’achat de véhicules plus propres (prime à la conversion, bonus écologique, surprime ZFE-m, microcrédit…). Le gouvernement a également lancé, dans le cadre de la loi Climat, un plan pour réduire les émissions du chauffage au bois, premier émetteur de particules fines PM2.5 en France.

Doit-on s’arrêter là ? Non ! Il faut poursuivre et évaluer les politiques en place. Il faut aussi engager des politiques permettant de réduire les concentrations observées d’autres polluants (ozone, ammoniac…) dont les teneurs moyennes, elles, ne diminuent pas.

Nous passons plus de 80% de notre temps dans des espaces clos, dans lesquels peuvent s’accumuler des polluants venants de l’extérieur, issus de matériaux de décoration, d’ameublement, ou liés à des activités humaines (ménage, cuisine, bricolage…). La qualité de l’air intérieur doit aussi être considérée comme potentiellement impactante pour notre santé, ce qui n’est pas suffisamment le cas aujourd’hui, même si des avancées ont été intégrées aux politiques de rénovation énergétique, menées depuis 3 ans.

Face à ce constat, je propose de faire de l’amélioration de la qualité de l’air intérieur et extérieur que nous respirons une grande cause nationale. Cela s’impose comme la suite des politiques menées depuis 4 ans.

La réduction des émissions doit s’intensifier, pour l’air extérieur comme pour l’air intérieur. Il faut par exemple :

  • Accompagner le secteur agricole dans sa transition vers une agriculture moins consommatrice d’engrais et de pesticides, en encourageant la recherche d’alternatives ;
  • Suivre de près la mise en place des ZFE-m pour garantir leur efficacité.

Je propose d’adopter une approche politique renforcée et plus transversale. Au-delà des émissions, il faut agir pour limiter l’exposition de nos concitoyens à la pollution de l’air, que ce soit chez soi, au travail, à l’école, ou à l’extérieur. L’urbanisme et la construction doivent notamment être pensés pour protéger les personnes. Cela signifie, par exemple, ne pas construire des écoles, des hôpitaux ou des centres sportifs, à proximité des grands axes routiers.

Faire de la qualité de l’air une grande cause nationale, c’est prendre l’engagement que tous les établissements recevant du public soient équipés de dispositifs de mesure et de contrôle de la qualité de l’air intérieur d’ici 5 ans. C’est également faire en sorte que tous les logements soient l’objet d’un diagnostic de performances de la qualité de l’air intérieur, similaire au diagnostic de performance énergétique.

Cette cause permettra de développer la prise de conscience de ce qu’est réellement la pollution de l’air que nous respirons. L’idée est de « rendre visible l’invisible », car trop nombreux sont celles et ceux, y compris des responsables politiques, qui confondent parfois gaz à effet de serre (CO2, CH4) qui impactent le climat, et polluants de l’air (particules, oxydes d’azote, ozone…), qui impactent notre santé.

Un portage politique renforcé des politiques publiques permettant d’améliorer la qualité de l’air est nécessaire pour que chacun, individu, entreprise, collectivité, État, connaisse l’impact de ses choix sur la qualité de l’air, et en assume la responsabilité à son échelle. Cela permettra l’émergence d’une politique transversale, allant au-delà de la compartimentation administrative qui est encore trop souvent la marque de l’action publique.

La pollution ne s’arrête pas aux frontières. La France doit se placer en chef de file pour porter la cause de l’amélioration de la qualité de l’air au niveau international, en commençant par l’Union Européenne.

Nos concitoyens souhaitent respirer un air qui ne nuise pas à leur santé : à nous d’en faire un axe majeur et structurant d’une politique santé-environnement ambitieuse !

Jean-Luc Fugit, député de la 11e circonscription du Rhône, Secrétaire de la commission du Développement durable et de l’Aménagement du Territoire

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